Padoux

 

 

 

 

 

 

COMMUNE  DE  PADOUX

 

 

AVANT  1789

 

 

Par Paul Démolis, Instituteur

 

 


 

 

 

Préambule

 

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            La Commune actuelle de Padoux (canton de Bruyères, formait avant 1790 une communauté distincte, dont l'étendue n'a pas varié depuis.

 

            Pour rédiger la présente statistique, on a lu toutes les pièces qui se trouvent aux archives communales : actes de l'état civil - comptes des recettes et dépenses de la communauté - rôles d'affouages - rôles de subvention - ordonnances royales - dossiers judiciaires, etc ...

 

            Ces archives sont loin d'être complètes; elles fournissent pourtant des renseignements assez précis, que l'on a essayé de grouper conformément au questionnaire dressé par Mr Chevreux.

 

 

 

Nom de la Communauté - Situation géographique

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            La communauté de Padoux (anciennement Pauldoux) (1) était située au Sud est de l'ancien Duché de Lorraine, entre les communautés plus importantes de Epinal, Châtel, Rambervillers et Bruyères, à 16 kilom de la 1ère, à 18 Km de la 2eme, à 10 Km de la 3eme, et à 16 Km de la 4eme. Elle embrassait un territoire total de 1900 hectares, dont plus de 800 en forêts.

            Elle était avoisinée au Nord et au Nord Est, par les communautés de Romont et de Bult ; à l'Est par la communauté de Bult, avec laquelle elle posséda longtemps des forêts par indivis ; au Sud Est, par la communauté de Destord ; au Sud, par celle de Girecourt et par le Ban de Dompierre, avec lequel elle possédait aussi par indivis 120 arpents de forêts, au lieu-dit Gérardbois. Au Sud Ouest, elle était voisine de la grande Mairie de Sercoeur-Villoncourt, dont elle releva quelques temps pour un canton de forêts appartenant à celle-ci, et qui fût plus tard cédé en partie à Padoux, et en partie à quelques communes. Les territoires de Badménil

 

(1) Le nom patois est encore Pauldoux dans les pièces les plus anciennes, on trouve cette orthographe : Mais dès l'année 1642 les actes de l'état-civil portent Padoux et non Pauldoux.

 

 

            et de Moyemont touchent aussi à celui de Padoux : celui de Badménil, à l'Ouest et au Nord Ouest ; celui de Moyemont au Nord Ouest.

            La dite communauté paraît avoir été avoir constituée de bonne heure. Il y a aux archives communales un parchemin qui remonte à l'année 1434 : c'est une sentence arbitrale réglant le droit de pâturage dans les bois de la communauté.

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Chapitre 1 - Etat des personnes

 

§.1. Clergé - Paroisse - Chapelle - évaluation des biens et revenus de la paroisse, Cultes, Actes de l'état-civil de la Paroisse. Dans le parchemin dont on vient de parler, il est dit que les habitants de Padoux relevaient les uns de Remiremont et du chapitre de St Dié, (Padoux-Haute), les autres de l'évêque de Metz (1434). A cette époque l'église de Padoux était église-mère (ou matrice) et le curé qui la desservait était Décimateur.

            Plus tard vers l'an 1600 (et cette situation durait encore en 1789) elle devint connexe à Deyvillers, et le prêtre qui y exerçait les fonctions du culte ne fut plus que prêtre-vicaire. Sa signature, au bas des actes de l'état-civil est toujours accompagnée de cette qualification. L'ancienneté de cette dépendance résulte

d'une sentence rendue le 5 juillet 1652, par laquelle les habitants de Padoux ont été condamnés à contribuer à la reconstruction du Presbytère de Deyvillers parce que Padoux est annexe de la dite église.

 

            A partir de 1777, date de l'érection du Siège épiscopal de St Dié, l'église de Padoux fait partie du diocèse et appartient au Doyenné de Bruyères. Elle était desservie en 1789 par Mr Poirot qui y fit son entrée en 1783, et qui signe au bas des actes civils : prêtre-vicaire en chef. Il était logé dans une maison appartenant à la communauté, et à laquelle était joint un jardin. L'entretien et les réparations des appartements nécessaires pour le loyer étaient à la charge de la communauté. Si le prêtre voulait davantage pour son utilité particulière, c'était à lui à faire les dépens.

 

            Il n'avait d'autre rétribution que la dîme, dont il percevait seulement le tiers dans les conditions que j'indiquerai plus loin. En 1780, il possédait sur le territoire de Padoux, 10 jours de terre par saison, qu'il louait à un particulier (Mr Mathis) aux conditions ordinaires.

 

Chapelle -   Il y avait aussi dans la section dite Padoux-Basse ou Basse-Ville, une chapelle

 

 

appelée chapelle Notre-Dame, qui appartenait au chanoine Hitry à St Dié (1788). Il semble qu'elle ait été bâtie ou reconstruite en 1?92, car le seigneur Sébastien Soirel de Bruyères, en cédant aux communautés de Padoux et de Bult un canton de forêts à lui appartenant, réserve que les habitants fourniront le bois nécessaire pour la chapelle Notre-Dame du Padozel. Elle a été transformée depuis en une maison particulière : les pierres de taille des fenêtres sont conservées ; on a retrouvé dans les caves des ossements humains, ce qui laisserait croire que la chapelle avait le droit de sépulture.

 

            Elle possédait : 1°) Des biens - forêts d'une superficie de 21 jours par saison (63 jours, 12 ha) lesquels étaient affermés à ??? Phulpin et ??? Humbert : 2°) Des Revenus en argent et en nature (Terres qui étaient louées en 1788) aux Sieurs Paris et Bayard de Rambervillers pour la somme annuelle de 904 livres. Ils payaient pour cela u impôt de 12 livres 12 sols. Les archives ne renferment aucun renseignement sur la manière dont cette chapelle était administrée. On trouve seulement en 1633, les habitants de Padoux furent autorisés à défricher 64 arpents de forêts dans le bois du Chamois pour les labourer à condition de payer la dîme ordinaire à la chapelle Notre-Dame.

 

 

Il y avait sur le territoire de la communauté, ni abbaye, ni prieuré, ni couvent. Aucun ordre militaire ni hospitalier n'y était établi. On ne trouve pas non plus qu'il y ait eu des prêtres séculiers, autres que les prêtres-vicaires.

 

Biens et Revenus de la Paroisse - Cens - Dîmes.

 

Il a été dit plus haut que le prêtre vicaire possédait 6 hectares de terre, et la chapelle N.Dame environ 12 ha.

Cens - Le Cens était, on le sait, une rente foncière imprescriptible et non rachetable, dont un héritage était chargé envers le seigneur su fief dont il dépendait.

Or, en fait de Cens payable au clergé, on trouve à la date de 1788 : 1°) un cens de deux livres, deux sols, 7 deniers, payable à Humbert Hacquard de Bult, en qualité de Maire de l'Insigne Chapitre de St Dié - 2°) un cens de 30 francs Barrois aux Bénédictins de Moyenmoutiers pour une portion de forêt à Nonfays (commune de Padoux). Il y avait aussi divers cens payables aux seigneurs de Haut-Chef et Bas-Chef. Il en sera parlé au mot noblesse.

 

Dîmes - Cet impôt variait de province en province, quant à sa qualité et aux objets sur lesquels elle s'étendait.

Dans la communauté de Padoux, la dîme se prenait au 12¡ seulement, et uniquement sur le blé.

 

Il n'y avait donc sur la dite communauté  que des dîmes réelles, perçues sur les récoltes, et point de dîmes personnelles (dîmes imposées sur les salaires et l'industrie) ni même de dîmes mixtes (prélevées sur les provenances des bergeries et des basses-cours).

            Les dîmes appartenaient pour les 2/3 aux Bénédictins et pour 1/3 au curé de Deyvillers dont Padoux relevait comme annexe.

Primitivement, les bénédictins décimateurs étaient ceux du Comte Arnould de Metz ; en 1788 et longtemps déjà auparavant c'étaient ceux de Moyenmoutiers.

            Au lieu de prélever eux-mêmes les dîmes, ils mes affermaient à divers particuliers qui étaient appelés Fermiers de Dîmes, et qui payaient de ce chef un impôt au Souverain.

            On trouve dans le cahier de 1788 les renseignements suivants :

Fermiers  des dîmes pour les Bénédictins de Moyenmoutiers, les Sieurs Paris et Bayard de Rambervillers pour moitié de ce qui revient à ces messieurs (c'est à dire pour le 1/3 de la totalité, puisque les religieux avaient les 2/3), revenu estimé 529 livres 12 sols - contributions 13 livres 2 sols Pour l'autre moitié, le Sieur Hourrion de Deyvillers ; revenu estimé 529 livres, 12 sols - contributions 13 livres 2 sols.

 

Fermier aux dîmes : Pour le Sieur Curé à Deyvillers (qui avait droit au 1/3 de la dîme grande et menue), Parisot de Deyvillers. Revenu estimé 576 livres - impôt 14 livres 8 sols.

            Les Bénédictins tiraient en outre 30 livres Barrois annuellement sur les forêts de Nonfays (ainsi qu'il a été dit plus haut).

            Si nous ajoutons à ces trois sommes celle de la dîme revenant à la chapelle N.Dame, nous aurons un total de 2130 livres pour le montant de la dîme sur le territoire de la communauté.

 

Fabrique - La fabrique de l'église était constituée depuis longtemps ; Dès l'année 1688, elle recevait des dons et des fondations qui ont disparus depuis la révolution.

 

Cultes

            La communauté de Padoux ne comprenait que des catholiques. C'est du moins ce qui ressort des actes de décès que j'ai parcourus de 1780 à 1790. Il y est dit, la plupart du temps, que le défunt avait reçu les sacrements de l'église et, toujours qu'il a été inhumé au cimetière de la paroisse, avec les cérémonies ordinaires. Or dans ce temps là on enterrait au cimetière commun que des fidèles baptisés e morts dans le sein de l'église catholique.

 

 

 

            Actes de l'état civil

 

Les actes de l'état civil conservés aux archives communales remontant en l'année 1641, et vont sans interruption jusqu’à ce jour. Ils sont rédigés, comme c'était la règle universelle, par le prêtre-vicaire, et sont en très bonne forme. J'ai parcouru un à un tous ceux de la dizaine 1780-1790 et j'en ai tiré les conclusions que l'on verra plus loin au sujet de la population et du degré de l'Instruction.

 

            En l'année 1641, et dans les suivantes, les actes sont peu nombreux, car la population avait été réduite en 1633 à 9 feux ; 128 chefs de famille étaient morts dans les années 1632 et 1633.

Remarquons que le même acte constate à la fois la naissance et le baptême, le père présent quand l'enfant était légitime, et en présence de la matrone et d'un témoin, quand l'enfant était naturel. Il pore la signature du père ou des témoins, celles des parrains et marraine et celle du prêtre-vicaire.

 

            Les actes de mariage fournissent aussi tous les renseignements possibles sur les contractants, leur origine, leur domicile, leur parenté, les témoins y sont désignés, avec leur degré de parenté vis-à-vis des époux, s'il y a lieu.

 

Les actes de décès portent le nom, l'origine, la qualité du défunt, la date de la mort, celle des funérailles, etc, le tout attesté par le prêtre et par deux témoins qui signent avec lui.

 

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§. II Noblesse - Nobles habitant la communauté - Propriétés de la noblesse - ses revenus - droits seigneuriaux - Valeurs et revenus des terres possédées par des personnes nobles.

            Je ne trouve pas de nobles habitant la communauté en 1788, ni dans les années précédentes.

            Elle relevait comme fief en 1788, de Dieudonné Henry Joseph Cosserot de Rouverois (?) qui donne son visa aux actes de l'état-civil et se déclare "Seigneur du dit fief, et de Châtel-s-Moselle, conseiller du Roy, Lieutenant général et criminel au bailliage de la même ville".

Seigneur du Haut Chef - Les seigneurs du Haut-Chef étaient :

Le comte d'Hofflise ou Offlise, président de la Cour Souveraine de Lorraine et : l'Hôpital de Plombières, fondé autrefois par un seigneur de Darnieulles - chacun par moitié.

            Le Cens payé annuellement à chacun d'eux était de 19 resaux (1) d'avoine, mesure de Rambervillers, fournis par les habitants ; et de 10 francs d'argent Barrois sur les

 

(1) le résal d'avoine mesure de Rambervillers, était de 160 litres, et le resal de blé de 120 litres.

 

terres et sur les forêts. Le Cens e 10 francs était payé au Comte d'Hofflise, par les habitants et à l'Hôpital de Plombières, par la communauté.

            Outre ce Cens en argent et en avoine, l'Hôpital Royal de Plombières percevait aussi sur certains héritages un cens annuel appelé Relevage, lequel consistait en 3 pots de vin (ou 3 francs) sur chaque pièce de terre ou autres héritages vendus.

 

Seigneurs du Commun - Les seigneurs du commun étaient :

Le Comte de Viermes, habitant au château de Domèvre, le seigneur de Girecourt, chacun pour moitié.

            Ils prélevaient ensemble 30 resaux d'avoine sur les habitants et 10 francs d'argent de Barrois pour revenus de leurs terres et forêts. Sur ces 10 francs, la communauté fournissait 4 livres 9 sols pour la forêt du Chenêt, qui relevait des dits seigneurs en 1782.

Autres personnes nobles possédant des terres : Les autres personnes nobles possédant des terres ou des forêts à Padoux, et prélevant des Revenus étaient en 1788 :

1°) Henry Antoine Regnard de Gironcourt, qui possédait une seigneurerie foncière en forêts. les revenus ne sont pas indiqués.

2°) Jean Christophe de Valentin, seigneur de Derbamont et de Circourt qui possédait une maison, des champs et des près dont les revenus ne sont pas indiqués.

3°) Les Dames de Remiremont percevant un Cens annuel de 3 résaux de blé et 7 d'avoine.

4°) Les seigneurs de Roville et de Bousillon prélevaient annuellement 8 résaux d'avoine et 20 barrois sur les forêts. Sur ces 20 Barrois la communauté payait 8 livres  11 sols 6 deniers.

 

Revenus sur les terres possédées par les nobles.

            Telles ont les 8 personnes nobles qui possédaient des terres sur le territoire de Padoux en 1788 : Tels sont aussi les impôts en argent ou en nature qui leur étaient payés par les habitants ou par la communauté.

 

            On pourrait fournir ici les noms de tous les habitants imposés et la quantité payée par chacun. Il n'y aurait qu'à transcrire la "déclaration des contenances possédées par les particuliers", telle qu'elle fut rédigée en 1782, pour asservir la contribution foncière. Mais ce travail serait par trop long, citons seulement quelques chiffres :

Un propriétaire de 20 jours de terre paye 4 imaux d'avoine (1)

Un propriétaire  107 jours de terre paye 19 fourreaux d'avoine

Un propriétaire de 69 jours de terre paye 8 fourreaux d'avoine

et c'est sur ces contributions diverses que se formeront les Cens de 18, 30, 7, 8 resaux indiqués dans les pages précédentes

 

(1)       L'imal valait 19 litres.

 

 

Il ne faudrait pas d'ailleurs exagérer l'importance des terres possédées par les nobles à Padoux en 1788. En consultant le rôle des impôts pour "l'abonnement et les gages du Parlement de Nancy" on voit que les revenus du Comte d'Hofflise seigneur de Haut Chef sont évalués à 148 livres, 9 sols et ceux du Comte de Viermes (Seigneur du Commun) à 73 livres 10 sols ; ceux du seigneur de Girecourt sont de 10 livres.

            Or, il ne manquait pas à Padoux même de simples particuliers roturiers qui possédaient des revenus bien plus importants.

Dominique Cuny, figure pour un revenu de 1181 livres,

Joseph Vauthier, pour 495 livres,`

Jean Pierre, Hubert Lecomte, Jean Luc déclarent jouir de revenus dépassant 200 livres.

            Ceci nous amène à parler du Tiers-Etat. C'est à dire des habitants qui n'appartenaient ni au clergé, ni à la noblesse. Ici les renseignements abondent et sont très précis. On pourrait facilement reconstituer l'état de fortune de chaque famille, mis nous n'entrerons pas dans ces détails, et nous donnerons un ensemble assez complet sans être trop étendu.

 

 

§ III. Tiers Etat - Etat des habitants n'appartenant ni au clergé, ni à la noblesse - Propriétés roturières : valeur et revenus - population, feux - Rapport de la population de la paroisse en 1789 et aujourd'hui - Mortalité - Cahier des Doléances de 1789.

 

Professions - La grande majorité de la population de Padoux était occupée à la culture de la terre. Sur 130 hommes adultes 61 exerçaient la profession de laboureur ; 27 étaient manœuvres. Venaient ensuite les domestiques ou gens de service (10 sur 130); les tissiers (8 sur 130) ; les charpentiers (7 sur 130) ; les mariniers (6), puis les tailleurs d'habits, les charrons, les sabotiers, les cordonniers, les charbonniers, les cardeurs, les maçons, les tonneliers, les boulangers, les maréchaux, les chanvriers, etc, etc. Les femmes qui ne cultivaient pas la terre étaient presque toutes fileuses ou couturières.

            Il semble que les divers corps de métiers formaient des associations ou confréries, car on trouve dans les actes d'états-civils :

Des Maîtres laboureurs : Vauthier, Luc, Benoit, etc ...

Un Maître tissier : Jh. Breton

Un Maître maçon : Ch. Aubertin

Un Maître charbonnier : Claude Jean

Un Maître Savetier : Jh. Phulpin


 

Un Maître charpentier : Léopold Séverin

Un Maître sabotier : François Georgé

Un Maître boulanger : Cl. Phulpin

Un Maître marinier : Jh. Génin

Un Maître tailleur d'habits : François Lecomte

 

Etat de fortune - L'état de fortune des roturiers était assez avantageuse en 1788. Il y avait 34 cotisables de 1ere classe, possédant ensemble 496 hectares environ. Le patriotisme ne faisait pas non plus défaut parmi les roturiers de Padoux. En l'année 1789, le vendredi 17 Xbre, après publication faite au ???. Le dimanche précédent, on procéda à la réception des déclarations pour don patriotique. Il se trouve dans la communauté de Padoux, 139 personnes pour souscrire et l'offrande atteint le chiffre de 946 livres 11 sols 6 deniers.

            En 1788, le territoire de la communauté comprenait en tout, plus de 1000 hectares en prés  et champs et plus de 800 hectares en forêts. Or les forêts appartiennent totalement à la communauté (quelques unes totalement et sans redevance ; la plus grande partie à titre d'Ascensement, c'est à dire un censamm????) sauf un petit lot au sujet duquel on était en procès.

Les terres labourables et les prés appartenaient pour les 2/3 aux roturiers ; pour 1/10 environ à la communauté : le reste appartenait aux personnes nobles.

            Voici d'ailleurs le résumé de la situation des roturiers en 1789. Le Rôle dressé en 1789, pour la répartition des impôts compte :

            1°) 34 cotisables de 1ère classe. Ce sont des laboureurs et des propriétaires cultivant ou possédant ensemble 760 jours par saison ou 496 hectares. Je dis cultivant ou possédant, car quelques uns étaient rentiers et cultivaient quelques jours par saison (2 ou 3) (Poirot, Maire) et louaient le reste à des cultivateurs fermiers ou même à leurs propres enfants (Cuny)/ D'autres cultivaient leurs propriétés et en plus les terres qu'ils avaient à bail et qui appartenaient parfois à des étrangers, (Degnerre à Rambervillers qui possédait de 30 à 40 hectares, Cosserat de Vaxoncourt, Drouelle de Rambervillers) Les charrue étaient de 5 à 6 chevaux, quelque uns étaient de 4 chevaux et 2 boeufs ; D'autres de 4 boeufs et 2 chevaux. Plusieurs cultivateurs avaient plusieurs charrues (Jh. Vauthier)

            2°) 33 cotisables de 2e classe. Les uns sont de petits cultivateurs ou de modestes propriétaires possédant ou cultivant chacun 2.3.4.5 jours de terre par saison et ne faisant que des demi-charrues de deux boeufs. Les autres sont des artisans :

(maréchal ferrant, manœuvre), n'ayant même pas de demi charrue et faisant cultiver par les laboureurs (pour leur profit à eux) quelques jours de terre  dont le fonds leur appartenait ou qu'ils avaient à fermage.

            3°) 29 cotisables de 3eme classe. ce sont des manœuvres et des artisans (voituriers; tissiers, maçons) ne possédant pas de biens fonciers et ne faisant pas cultiver pour eux.

            4°) 21 veuves, dont 5 vivaient du revenu de leurs biens ; quelques autres étaient propriétaires  sans être pourtant en état de vivre de leurs revenus. Les autres (13 ou 14) déclarent exercer la profession de fileuses ou de couturières.

            5°) 13 cotisables de différentes catégories, à savoir : 4 garçons et filles majeurs ; 1 entrant ; 3 sortant ; 5 nouveaux mariés.

            6°) 2 insolvables pour infirmités ; 5 exempts pour leurs marchés (Maître d'école et pâtres)

            Et enfin, 7 morts dans le courant de l'année.

 

Ce qui fait un total de 144 noms figurant au Rôle en l'année 1789. (En 1780 il était de 134 seulement).

 

Valeur des propriétés et revenus - Il y a peu de renseignements dans les archives  pour fixer d'une manière certaine la valeur vénale des propriétés roturières. Pour ce qui est de l'étendue, on l'a indiqué ci-avant.

            Je trouve une déclaration d'un habitant relative à une maison qu'il a vendue 36 louis d'or, et à une autre qu'il a achetée 56 louis (le louis valait 24 livres à partir de 1716). Mais il faudrait quelle maison car il y a maison et maison.

            Je vois aussi que 2 jours de terre par saison (en tout 6 jours ou 120 ares) étaient vendus 26 louis : soit 636 livres (Quatre omées de chenevière, 18 ares) étaient vendues 124 livres. Les estimations ne peuvent nous donner qu'un aperçu de la valeur des terrains.

            Quant aux revenus des terres, c'est à dire leur valeur locative, voici quelques chiffres :

            Un gagnage de 20 hectares (15 en terres, 5 en prés rapportent 17 paires (1) ;

            Une ferme de 20 jours (4 hectares) est estimée à un revenu de 6 paires.

            Un autre de 69 jours (14 ha) à un revenu de 16 paires

 

(1) Chaque paire représente un resal de blé (120 litres) et un resal d'avoine (160 litres). Quelquefois, il est spécifié que le resal de blé sera du poids de 90 Kg et le resal d'avoine de 60 Kg.

 

 

 

            Un autre de 58 jours (12 Ha environ) à un revenu de 17 paires. Ce qui montre que le revenu moyen (valeur locative) des terres était : une paire pour 80 ares environ pour les bonnes terres au moins. Pour les médiocres (comme pour le gagnage précédent), le revenu n'était pas même d'une paire par hectare.

            Quel était le revenu des maisons ? Je n'ai pas de renseignements à ce sujet. Je vois qu'une "chambre à feu" était louée 15 livres lorraine par an.

 

Population - feux - comparaison avec l'état précédent

 

            La dernière liste des affouagistes figurant aux archives est celle de l'année 1760 sur laquelle figurent 120 noms. Mais on a vu plus haut que le nombre des cotisables inscrits pour 1789 était 144. Aujourd'hui le nombre  des affouagistes est plus élevé ; mais il ne faut pas conclure que le chiffre de la population se soit accru dans la même proportion. On est très large à Padoux pour la concession des affouages, et il y a telle maison qui ne compte que 5 habitants e qui perçoit 3 portions d'affouage : elle se compose du grand-père et de la grand-mère (1 affouage), du gendre et de la fille (1 affouage), et d'une vieille tante (3e affouage).

 

            D'ailleurs il est certain que la population de Padoux décroît d'une manière inquiétante depuis 40 ans. En 1890 on comptait plus de 900 habitants ; le dernier recensement on a inscrit seulement 666.

 

Mortalité - Enfin comparaison faite entre les actes de l'état civil, voici ce qui en résulte :

Pendant les 10 années 1780 à 1790 exclusivement on a enregistré à Padoux : 199 naissances, 162 décès et 46 mariages, ce qui donne une moyenne de 20 naissances par années et 16 décès.

            Pendant les 10 dernières années (1877 à 1887) j'ai compté un total de 120 naissances et de 170 décès, soit en moyenne 12 naissance set 17 décès par année.

            D'où il suit :

            1°) Que dans les temps présents, le chiffre de la population suit une progression décroissante très accentuée, tandis que de 1780 à 90, il suivait une progression croissante, presque aussi marquée.

            2°) Que la population totale de Padoux pouvait être en 1788, de 700 à 790 âmes au moins. L'année 1898 vient encore affirmer davantage cette décroissance de la population. Ainsi les registres de l'état civil de la dite année portent 17 naissances seulement et 2 décès et aucun mariage, chose qui ne s'est vu depuis longtemps à Padoux.

 

Nombre des enfants par ménage - Le nombre des enfants par ménage était supérieur à ce qu'il est aujourd'hui. On trouve de 1780 à 1789 trois ménages qui ont été exemptés d'une grande partie de l'impôt comme ayant 10 enfants. On voit aussi dans certains ménages 3 et 4 naissances dans l'espace de 10 ans.

Résumant, nous avons :

autrefois, 144 feux, 20 naissances, 16 décès par an.

Aujourd'hui, 232 feux, 12 naissances, 17 décès par an (1).

 

Cahier de Doléances - Il n'est resté aucun vestige dans les archives.

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Chapitre II - Etat des Terres

 

§ 1 - Domaine royal - Mode d'exploitation des terres lui appartenant.

 

Qu'était le domaine royal à Padoux en 1788 ?

Aucun document ne permet d'en établir l'étendue et la valeur. Une seule pièce figurant aux archives sous la marque CC.1 renferme les renseignements suivants :

 

(1)       Etant donné cet excès de décès sur les naissances (90 par 10 ans), Padoux n'existerait plus dans 130 ans, si la même proportion malheureuse se maintenait.

 

 

            Les terres royales étaient exploitées par les habitants qui déléguaient le Syndic et le Maire pour louer en leurs noms ces biens, pour lesquels on payait 155 livres par an, et pour bail de 9 années. En 1788, on payait au domaine 170 livres 10 sols.

De là on voit que le domaine royal sur le territoire de Padoux, n'était pas de grande importance ni de grande superficie.

 

§ II - Domaine seigneurial : Mode d'exploitation - Formes diverses de ??? et d'administration de la terre : baux ; Métayage.

 

On a vu ci avant qui sont les seigneurs qui possédaient des terres sur le territoire de Padoux. Ajoutons à cette liste les Sieurs de Jussy, seigneurs d'Hurbarche, possesseurs de la forêt des Payembois ou Paimbois. Cette forêt était ascencée à la communauté moyennant un cens annuel de 8 resaux d'avoine, mais à condition que les dits seigneurs redeviendraient propriétaires si les habitants négligeaient de payer le cens. A partir de 1789, le cens ne fut plus payé et en 1801 on exigea 1140 F pour cet arrérage de 13 ans. C'est fort ! Il est vrai pourtant qu'après le versement de cette somme, la communauté devenait propriétaire définitif de la forêt.

            Les terres étaient louées aux roturiers sous forme de bail ;

 

Les unes appelées corps de gagnage, étaient laissées à bail verbalement ; les autres étaient louées à bail sous seing privé. Le prix de location était en moyenne d'une paire pour 60 ares de bonnes terres et 40 ares de prés de qualité moyenne.

Le métayage forme de location en vertu de laquelle on cultivait un terrain pour la moitié des fruits, ne paraît pas avoir été essayé à Padoux.

 

§ III - Terrains communaux - leur valeur - forêts - pâturage et vaine pâture.

 

En 1782, tous les habitants et tous ceux qui avaient des propriétés non comptées sur le territoire de Padoux, firent la déclaration des contenances de ces propriétés et celles des revenus qu'ils en retiraient. La somme totale est de 18818 livres pour les revenus sur laquelle somme la communauté figure pour 1911, c'est à dire pour un peu plus de 1/8. D'où l'on pourrait conclure que la communauté possédait le 1/8 du territoire.

            Il y avait :

1°) 120 jours de terres, lieu dit "Aux grandes voies" (entre Sercoeur et Badménil). Ces terres avaient été ascensées à la communauté par le Duc Charles (1586) et restèrent longtemps à l'état de terrain vague. Mais en 1773, la communauté fit autoriser à mettre ce terrain en valeur pour jouir des exemptions accordées pour défrichement.

 

2°) 42 jours de paquis, destinés à la vaine pâture.

3°) Différentes pièces de terre appelées usuaires, mais de peu d'importance.

4°) 480 arpents de bois communaux que la communauté possédait "en propriété et toutes sortes de profits " sans aucune redevance.

Sur ce domaine de la communauté chaque habitant avait une parcelle de terre qui lui était échue en partage et qu'il devait exploiter lui-même. Celui qui ne pouvait pas le faire (par vieillesse ou infirmité) venait au greffe faire une déclaration, en vertu de laquelle il se démettait.

            La potion des terres non partagée entre les habitants était louée à des fermiers. Mais il paraît qu'elle se réduisait à peu de chose, car je trouve dans les comptes de 1788, 5 art. suivants :

Argens provenant de la location des terrains : 7 livres 15 sols.

            Les émoluments communaux (affouages, regains et fruits champêtres) étaient partagés également entre tous les habitants.

            En 1788, la vente des regains et des fruits champêtres sur les terres de la communauté a produit 482 livres.

            La portion d'affouage avait été considérable, puisque l'on coupait chaque année 75 arpents de forêt, répartis entre 144 affouagistes, ce qui donne plus d'un 1/2 arpent par affouagiste.

Et comme les forêts étaient passablement peuplées, on peut évaluer à 30 stères la part de chacun. C’est d’ailleurs ce chiffre donné par les anciens : nous avons un vieillard de 94 ans qui parle d’une année où les affouages montaient à 40 stères par feu (de 12 à 19 cordes de 3 stères, et les bûches avaient 1m60 de long).

 

Forêts – Mais la grande richesse de la communauté de Padoux était dans ses forêts. En l’année 1781, elle avait la propriété ou la jouissance de 3842 arpents (près de 800 hectares) dont un quart en réserve et trois quarts répartis par affouages dans le révolution de 40 ans, à raison de 79 arpents par années. Le tout placé sous la surveillance de Mr le Maître des Bois et forêts de Lorraine et Barrois.

            Ces vastes forêts proviennent, ou bien d’ascensemments faits par plusieurs seigneurs, ou bien d’acquisitions faites à diverses dates par la communauté.

            Les seigneurs à qui on payait le cens pour les forêts ont été indiqués précédemment. Il ne sera pas sans intérêt de trouver dans un tel tableau, les renseignements qui fournissent les archives de chaque parcelle de forêts possédées aujourd’hui par la commune et alors déjà par la communauté.

 

Tableau des forêts

 

Désignation

Etendue

Situation Géographique

Titre de possession - Redevances

1

Forêt de communauté

80 arpents

Non désigné dans les archives

Appartenant à la communauté en propriété et toutes sortes de profits, sans aucun titre que la possession immémoriale. Ainsi fut-il déclaré en 1738.

2

Forêt de communauté

400

Non renseigné peut-être entre Vomécourt et Badménil

Appartenant à la communauté en vertu des partages faits en 1544 et 1569 avec las autres villages de l’ancienne Mairie de Sercoeur

3

Chanois ou Chanot

1269

Entre les bois de St Arnould d’une part, les bois e Bult d’autre part, le bois de Romont d’une pointe et le finage de Padoux d’autre pointe.

Appartient à la communauté en vertu de diver contrats partiels et successifs.

1°) Ascensement perpétuel par le chapitre de St Dié pour la part appartenant au dit chapitre, moyennant 1850 F, une fois versé un cens annuel de 9 francs (1578)

2°) Ascensement perpétuel par le seigneur de Haraucourt, Baron de Pissavant pour la part à lui appartenant, moyennant 3 F une fois payés et de gros le cens annuel (1583)

3°) Ascenssement perpétuel par

 

 

 

Désignation

Etendue

Situation Géographique

Titre de possession - Redevances

 

 

 

 

Soirel de Bruyères pour la part lui appartenant 3790  F une fois versée et 10 de cens annuel (1592)

4°) Ascensement perpétuel par les barons de Réhaupal de Thans chacun sa part moyennant 9 une fois versée et escensement de gros 260 F

5°) Ascensement perpétuel par Humbert de Girecourt pour la part qui est de 295 arpents moyenant 240 F une fois versés et un cens de 10 F par an dans lequel sont compris ceux portés aux contrats de 1583 et 160 F en 1708.

4

Bois de St Arnould

900

Contre le bois de Chanois de la Marie de Sercoeur de Badménil et de Padoux

Appartient à la communauté en vertu de divers contrats d’Ascensements passés avec les religieux de St Arnould de 1520 à 1616. La communauté de Padoux paye 30 livres de cens puisqu’elle a racheté le cens en versant des sommes assez fortes.

 

Désignation

Etendue

Situation Géographique

Titre de possession - Redevances

5

Bois de Nonfays

400

Entre les bois de Badménil, Moyemont et Romont d’une part, de St Arnould d’autre part

 

Appartient à la communauté en vertu

 

d’un 1er ascensement fait par les religieux de St Arnould en 1555 puis en vertu d’un versement d’argent pour le rachat du dit cens.

6

Painbois ou Payenbois

350

Entre le bois de ST Arnould d’une part et la grande mairie de Sercoeur d’autre part, la communauté de Padoux d’une pointe

Appartient à la communauté en vertu de deux ascensements et d’une convention conclue dans la suite

1er ascensement 1549 par les seigneurs Jussy et Hurbache pour la part leur appartenant, moyennant une rente annuelle de 8 reseaux d’avoine

2eme ascensement 1570 par la veuve du seigneur de Haussonville pour la part lui appartenant moyennant un cens annuel de 20 f

3eme Payement de 1440 f pour le rachat des dits cens An 10 de la République.

7

Haie Voittel

60

Entre Sercoeur Villoncourt Badménil et Padoux

Vient d’un autre partage de la grande Mairie de Sercoeur

8

Gérardbois

60

Entre Padoux et Dompierre

Relevait de la Maîtrise de St Dié, etait indivis entre Padoux et Dompierre. Fut partagé en 1776 on ne sait à quelles conditions.

 

Désignation

Etendue

Situation Géographique

Titre de possession - Redevances

9

Bois du Chenet

?

?

Relevait en 1782 des Comtes de Girecourt et de Viemres moyennant 4 livres 9 sols ainsi que de l’hôpital royal de Plombières (4 livres 8 sols)

 

Pâturage et vaine pâture

 

La communauté possède 7 paquis contenant ensemble 42 jours et abandonnés à la vaine pâture.

En outre, certains cantons du finage étaient mis en réserve chaque année pour le Maire conformément aux ordonnances de l’Intendant de Lorraine. D’où il en résulte que les cantons non réservés étaient aussi livrés à la vaine pâture. Ajoutons à cela, les chemins ruraux le long desquels on pouvait aussi conduire le bétail.

            On trouve dans les archives une convention en vertu de laquelle la communauté de Padoux accordait à celle de Bult la vaine pâture en suivant le chemin de Padoux à Bult et pur moitié sur le finage ou Roflet situé entre les 2 communautés.

            Ce bétail de la communauté était divisé en 4 troupeaux : celui des chevaux, celui des bœufs, celui des vaches,

Celui des cochons et moutons. Il y avait un gardien spécial pour chaque troupeau ; on le nommait chaque année dans une assemblée de la communauté. Tous les quatre passaient avec le maire et le syndic une convention en vertu de laquelle ils s’engager à sonner du cor à telle heure pour inviter à un lacher de bétail et à telle heure pour indiquer à la rentrée. Ils étaient logés dans une maison appartenant à la communauté, exempts de corvées et des différents impôts et recevaient un salaire en blé, en avoine selon les conventions.

            Le pâtre pour les chevaux et poulains avait un imal de blé (15 litres) pour chaque 7 chevaux, et par quartier (c’est à dire payable 4 fois l’an), et 3 livres par cheval, aussi par quartier. Il était quitte de corvées (1)

            Le pâtre des bœufs et taureaux servait moyennant la somme de 9 resaux et demi de blé et quatre francs d’argent par resal, le tout payable par quartier. Il était franc de corvées personnelles et non autrement.

            Le pâtre des vaches recevait 12 resaux de blé et 4 f par resal, le tout payable par quartier. Il était franc de corvée personnelle.

 

(1)       Le salaire convenu pour une autre année, est de 10 paires (10 resaux de blé et 10 resaux d’avoine) plus 40 fr d’argent au cours de Lorraine qui se lèveront par quartier.

Le pâtre des porcs (1), chèvres et moutons recevait 14 reseaux de blé et 56 f d’argent au cours de Lorraine. Franc de corvée, comme ses deux confrères précédents, et de plus exempt de la subvention. Au cas où il venait du gland, il devait faire deux troupeaux : un pour les chèvres et les moutons, un autre pour les porcs. Les porcs qu’il conduisait à la glandée. Le brave homme recevait en dédommagement pour ce surcroît de peine, une paire de souliers fournie par la communauté.

    On trouve aussi dans la même liasse de documents, un certain nombre de déclarations faites par les habitants, en présence du Maire et de son secrétaire. Elles déclarent vouloir faire pâture tel ou tel pré, telle ou telle pièce de terre, à eux appartenant. Sans doute qu’ils y conduisaient leurs animaux, et qu’ils étaient exempts de payer leur part pour le salaire du pâtre.

 

(1)       Le secrétaire en ce temps-là n’ose pas écrire le mot « porc » : il écrit « abiés de soÿe » sans doute par délicatesse naturelle.

 


 

 

Chapitre III – Administration – Limite de la communauté – Subdélégation dont elle dépendait – Administration communale – Assemblées de la communauté.

 

            Les limites de la communauté ont été indiquées dès le début ainsi que l’étendue de son territoire.

            Elle dépendait de la subdélégation de Châtel, puis du district d’Epinal.

Elle avait pour premier magistrat le Maire et le Syndic, assistés du greffier.

            Le Syndic était chargé de la question des finances ; il payait et recevait au nom de la communauté, administrait les biens de celle-ci et rendait compte de sa gestion devant l’assemblée municipale (1). D’ailleurs toutes les ventes et tous les achats devaient être autorisés par l’Intendant.

            Le Maire était plutôt chargé de la police et de l’administration. Il présidait les assemblées de la communauté et nommait se sa pleine autorité certains employés subalternes. Pour la nomination de quelques autres employés il fallait le consentement ou l’avis des seigneurs, ou des chapitre et couvent qui avaient ascencé des bois ou des terres à la

 

(1)       C’était ainsi en 1789, mais en 1760 les comptes étaient rendus devant toute la communauté.

 

Communauté sous cette réserve expresse. Quant au Maire de la communauté, il était nommé par le Procureur du Roi, à qui on paya de ce chef, la somme de cinq livres un sol en l’année 1788. Avec le Maire, étaient créés le même jour, par l’autorité du même procureur du bailliage royal de Châtel, le Sergent, le Greffier, et le Lieutenant du Maire.

            Les employés subalternes étaient :(sans compter les pâtres)

1°) Le Sergent qui recevait une allocation de la communauté et qui paraît avoir exercer de ce temps-là une partie des fonctions qu’exercent aujourd’hui les gardes champêtres et l’appariteur.

2° Les gardes des forêts ou forestiers, qui étaient nommés avec le concours des seigneurs, et qui veillaient sur les forêts pour que personne n’y fasse des dommages. Les délinquants étaient passibles d’une amende et le montant de ces amendes était partagé par moitié avec les seigneurs qui avaient ascencé la forêt à la communauté. Les forestiers prêtaient serment devant le Maire et le Syndic et juraient de remplir leurs fonctions avec intégrité et sans considération des personnes.

3°) Les gardes de cabarets qui étaient désignés par le Maire et renouvelables chaque année. Eux aussi prêtaient serment dont acte était dressé par le greffier,

en présence du Maire et du Syndic. Ils veillaient à la bonne tenue des cabarets et fixaient le prix du vin. En 1787 le prix du pot (2 litres) était fixé à 12 sous. De temps à autre, ils comparaissaient au greffe et faisaient leur déclaration.

4°) Des Pauliers, qui étaient nommés avec le concours des décimateurs ou de leurs fermiers pour une année seulement et qui prêtaient serment devant le maire et le Syndic. Il semble que leurs fonctions étaient de visiter les terres abandonnées, de fixer l’époque de la moisson et de surveiller la  levée des dîmes. Dans l’acte de leur nomination se trouve cette formule : « Ils feront bien et fidèlement les fonctions de Pauliers en la présente année sur les bans et finages dudit Padoux, suivant les arrêts et ordonnances à cet égard sans faire tort ni faveur à personne. En conséquence leur avons enjoint de faire exactement leur rapport au greffe, donné acte,…. etc… ». Suivent les signatures du Maire, du Greffier, des Pauliers et des fermiers des dîmes.

            Le Maire et le Syndic étaient nommés annuellement, mais variaient peu. Le Maire d’une année devenait ordinairement Syndic l’année suivante. Le Syndic devenait Maire. Il y a peu d’exceptions. Les nom des Maires et des syndics qui reviennent le plus souvent de 1760 à 1788 sont les suivants :

Gerogé, Poirot, Perrin et Lecomte.

Le Maire en 1788 était Jh Poirot.

Il semble aussi qu’il a été maire de la communauté, les seigneurs avaient des représentants qui portaient également le nom de Maires. C’est ainsi que la communauté de Padoux payait un cens annuel au Sieur Harquaire de Bult, Maire de l’Insigne Chapitre de St Dié. Dans un procès survenu entre un particulier de Padoux et le Sieur Pierron (George), celui-ci déclare que depuis 29 ans il est « Maire de la Seigneurerie du Haut Chef de Padoux et perçoit les cens au nom des seigneurs » car depuis ce temps-là les Maires de la communauté étaient ceux désignés plus haut.

 

Assemblées – A Padoux, comme ailleurs, il y avait des assemblées de toute la communauté et des assemblées primaires.

            On appelait assemblées primaires, les assemblées des citoyens actifs<. Ces citoyens actifs étaient ceux qui avaient le droit de suffrage, attribué seulement aux contribuables dont les impositions équivalaient au moins à 3 journées de travail. Mes autres s’appelaient citoyens passifs. Les attributions de ces assemblées primaires étaient assez restreintes. Elles ne pouvaient

 


procéder par elle mêmes qu’au choix des fonctionnaires municipaux : pour tous les autres, elles avaient seulement à nommer les délégués réunis en corps électoraux dans quelques villes désignées d’avance, pourvoyaient à tous les emplois administratifs, judiciaires et même plus tard ecclésiastiques . En 1789, les assemblés primaires des diverses paroisses furent convoquées pour nommer des électeurs et ceux-ci désignèrent  d’autres électeurs chargés de nommer les députés et de rédiger les cahiers des doléances et remontrances.

            On ne trouve dans les archives communales aucun vestige de ces cahiers, non plus que de la réunion primaire de 1789.

            Les assemblées de la communauté avaient lieu bien plus fréquemment pour toutes les affaires qui concernaient les habitants : par exemple, rédaction des comptes, fontaines, bâtiment communaux, nomination des pâtres, des pauliers, vente des regains, etc… Elles étaient annoncées au son des cloches, et se trouvaient en la place publique, ordinairement à l’issue des vêpres (1)

 

Comptes de la communauté – les comptes de la communauté varient selon les années, ainsi que cela doit être. Mais en plus de cette différence qui provient des recettes ou des

 

(1)       Il est fait mention plus d’une fois de ces assemblées dans nos archives mais on n’y trouve aucun procès verbal intéressant.

 

Dépenses extraordinaires. J’en remarque une autre entre les comptes des années 1790 et suivants, et ceux des années qui précèdent la Révolution. Dans les comptes les plus anciens, on ne voit que des recettes et des dépenses partielles presque insignifiantes : il ne semble pas que la communauté comme telle ait eu des sources assurées de revenus annuels , ni des obligations de dépenses régulières.

            Le compte de l’année 1793 se liquide aux chiffres de 423 livres et 16 sols pour les recettes et 460 livres 13 sols pour les dépenses.

            Les recettes proviennent :

1°) d’un reliquat de 31 livres laissé par le Syndic l’année précédente,

2°) du droit de gabelle, montant de 10 livre 16 sols

3°) du cens perçu par les collecteurs, soit 197 livres 10 sols

4°) de la vente des regains et fruits champêtres 100 livres environ,

5°) des amenées champêtres, soit 86 livres.

            Les dépenses consistent principalement dans les articles suivants :

1°) pour la milice … (1) 36 livres

2°) pour le cens exigible sur les forêts, 49 livres

3°) pour un procès fait à la communauté par les forestiers 87 livres

 

(1)       A cette époque la communauté devait entretenir cinq militaires. Il y a 34 livres pour 9 paires de souliers, et autant de paires de guêtres soit moins de 7 livres par paire.

 

4°) pour la visite des grains et fourrages faite par Monsieur le Lieutenant et greffier à Châtel, 28 livres

5°) pour les droits des forestiers 19 livres

6°) pour les droits du domaine 202 livres

7°) pour le salaire du Régent d’école 29 livres 10 sols

8°) pour différents services à la communauté par le Sergent, le Greffier, le Vétérinaire, etc … 30 livres

            D’ailleurs en cette année 1793, les comptes du Syndic furent rendus non pas devant l’assemblée municipale, « mais en présence du Maire , du Syndic, officiers et habitants de la communauté du dit Padoux, au logis du nouveau Syndic, en la forme et la manière ordinaire ».

            Suivent une trentaine de signatures.

            Et cependant malgré toutes ces précautions, il paraît qu’il se glissa des irrégularités dans la gestion ou dans la rédaction des comptes ; car 15 années plus tard en 1768, il fut procédé à la révision des comptes par devant le maire et 5 membres de la communauté élus à cet effet. La sentence fut portée en dernier ressort par devant  l’Intendant de Lorraine et Barrois ; elle était en faveur du Syndic de 1792 et la communauté dut lui rembourser plus de 40 livres pour avances faites par lui, et qu’il avait négligé de porter en compte.

            En l’année 1788, la situation est changée :

 

D’abord la rédaction des comptes se fait non plus devant la communauté assemblée, mais devant l’assemblée municipale, réunie « en la maison presbiterale » et composée de Mr Poirot, vicaire président, de J. Vauthier, J. Cuny, Jh. Pierron syndic, Jean Luc et Lagarde greffier.

            La somme des recettes et celles des dépenses sont décuplées, comparativement à ce qu’elles étaient 39 ans auparavant. Et encore sommes-nous au dessous des chiffres atteints en 1787 quand la communauté bâtissait sa maison d’école.

            Les recettes montent à 3431 livres et les dépenses à 3270 livres, s’où il résulte un reliquat de 161 livres.

            Les recettes se décomposent comme suit :

1°) reliquat de l’exercice précédent 140 livres

2°) Emprunt autorisé pour achever de payer la maison d’école 844 livres

3°) vente de bois autorisé par Mr l’Intendant 127 livres

4°) vente de regains et de fruits champêtres 482 livres

5°) revenus de la gabelle 8 livres

6°) location des terres à la communauté 41 livres

7°) produit des amendes 39 livres

            Les dépenses municipales sont :

1°) canon des domaines 170 livres

2°) dernier versement pour la maison d’école 673 livres

3°) pour la prestation représentative de la corvée 585 livres

4°) pour la refonte d’une cloche 542 livres

5°) pour le paiement des emprunts mentionnés au chapitre des recettes (capital et intérêts) 863 livres

6°) pour les frais de tirage de la milice 20 livres

7°) pour visite des bâtiments communaux 39 livres

8°) pour cens et dîmes aux seigneurs et au Chapitre de St Dié 11 livres

9°) pour voyages faits par le comptable pour la communauté 72 livres

10°) Au greffier de l’assemblée 24 livres

11°) pour révision des comptes de l’année précédente 27 livres

12°) le reste de la somme est produit par un certain nombre de mêmes dépenses faites pour les bâtiments communaux ou dans l’intérêt de la communauté.

 

            Le compte ci-dessus (résumé par nous et détaillé par le syndic) fut arrêté par l’assemblée municipale et soumis aux députés composant le bureau intermédiaire du district d’Epinal. Après l’avis de ces messieurs, il fut approuvé à Paris, et un exemplaire en fut envoyé à la communauté « pour être déposé au greffe de la Municipalité ». C’est celui là que nous avons eu sous les yeux et que nous venons d’analyser.

 

 

§ II Finances – Impôts dus au Souverain.

 

Droits d’affouage

 

Par un écrit du mois de décembre 1747, le roi Stanislas avait imposé un droit de 3 livres et 10 sols argent au cours du Franc par arpent de forêt pour la délivrance des affouages aux communautés. La somme produite par cet impôt n’allait pas au trésor royal, mais était attribué aux officiers des Maîtrises des Eaux et Forêts.

            Cet écrit n’ayant pas été appliqué nous semble-t-il, survint en mai 1748 un arrêt plus détaillé sur le même objet.

            Remarquons que la distribution des affouages ne se faisait pas de ce temps là comme aujourd’hui, ou on donne aux habitants des stères et des fagots tout façonnés, moyennant une redevance appelée « marque ».

            Les habitants pouvant prétendre aux affouages étaient rangés en groupes de 4. Chaque groupe avait une portion de forêt sur pied à exploiter ; et chaque portion avait à se partager 2 part : l’une appelée grande variait de 14 à 30 verges selon la qualité des bois ; l’autre appelée petite variait de 8 à 11 verges.

            La quantité cédée en affouage était, année moyenne, de 75 arpents pour la grande part et de 40 arpents pour la petite part.

 

 

Suvvention – Ponts et Chaussées.

 

Un 2ème impôt était celui de la Subvention, complété par l’imposition des ponts et chaussées.

            En l’année 1788, l’impôt pour la subvention s’élevait pour toute la communauté à 1327 livres non compris 39 livres pour perte de bestiaux en faveur des perdants.

            L’impôt pour les ponts et chaussées s’élevait en la même année à la somme totale de 1220 livres. Soit pour les deux impôts réunis un total de 2597 livres. Ces deux impôts étaient répartis selon la condition des habitants. La répartition était faite par 3 asseyeurs choisis dans chacune des 3 classes de cotisations : haute moyenne et basse. Quelques habitants, les pâtres, le maître d’école, les chefs d’une famille de 10 enfants étaient exempts de la subvention ; on l’était moins souvent de l’impôt pour les ponts et chaussées.

 

Taille – Capitation

 

La taille était un impôt levé sur les roturiers pour tenir un service militaire. Nous avons vu dans les comptes de 1783 que la communauté paya cette année 36 livres pour fourniture de souliers et de guêtres à cinq miliciens qu’elle devait entretenir. En 1789 on ne trouve plus trace de cette dépense.

La capitation d’impôt personnel qui se prélevait par tête n’existait pas en Lorraine au moins avant 1749

 

 

En effet l’Edit royal promulgué en 1749 pour l’imposition du 20ème dit que les habitants des duchés de Lorrraine et de Bar ont été exempts jusqu’à cette date de la plupart des charges qui se payaient en France et notamment de la capitation et du dixième. A partir de 1780 le roi Stanislas établit l’imposition au 20ème « ainsi qu’elle a lieu en France, comme étant la manière la plus juste dont les sujets puissent contribuer aux charges publiques ». Cette imposition était prélevée au profit du Roi sur tous les revenus des produits des sujets et habitants et dur toutes les terres et seigneureries sans aucune exemption. Elle s’étendait aussi aux forêts pour lesquelles les habitants payaient également par tête, le 20ème du revenu.

 

Abonnement et gages du Parlement

 

            En 1787 je trouve le nouvel impôt pour l’abonnement et les gages du Parlement de Nancy, exigé en vertu d’un arrêt du Conseil en date du 28 janvier 1788.

            L’abonnement dont il s’agit était une redevance d’argent tenant lieu de prestations, tailles, et servitudes.

            C’était un contrat réciproque, substitué au régime antérieur qui était trop souvent celui du bon plaisir et un acheminement vers l’émancipation générale.

            Le Rôle de l’année 1787 contient 132 articles

 

 

Répondant à autant de propriétaires dont 12 ne sont pas domiciliés à Padoux. On payait pour l’abonnement 1203 ivres et pour les gages du Parlement 91 livres en tout 1294 livres pour un revenu de 19818 livres. La communauté payait 167 livres pour un revenu de 1911 livres.

 

Gabelle _ Je trouve dans les comptes de 1783 sous le titre Gabelle, une somme de 10 livres 16 sols prélevée sur les aubergistes. Il semble pourtant que la Gabelle au sens strict était l’impôt sur le sel.

            Avant 1789, on distinguait en France, 7 degrés différents dans cet impôt de la Gabelle. Il y avait par exemple les pays rédimés où la valeur du sel variait depuis 6 jusqu’à 12 livres le quintal ; les provinces franches, etc …

            La lorraine faisait partie des « Pays Salines » ainsi nommés parce qu’ils s’approvisionnaient à leurs propres salines. On dit que la consommation y était arbitrée à 14 livres pesant par tête et le prix du quintal à 21 livres 10 sols. Quoiqu’il en soit la Gabelle rapportait en l’année 1780 la médiocre somme de 8 livres 8 sols de la part de la communauté de Padoux.

 

Aides – On appelait ainsi certains impôts nommés aujourd’hui indirects : sur les boissons, le tabac

 

 

Les matières d’or et d’argent. Ils étaient réglés pour la France par les ordonnances de 1681. Je n’en trouve aucune trace dans les archives de la communauté de Padoux.

 

Impôts divers – les autres impôts dont il est fait mention sont les suivants :

 

            Débits de ville. Je ne sais pas en quoi ils consistaient. On stipule que les pâtres exempts de corvées ne le sont pas des « débits de ville ».

           

Droits de succession. Avant d’entrer en possession d’un héritage on se rendait au greffe pour se « déporter de la succession ».

 

            Droit d’amortissement. Quand la commune faisait une acquisition, elle payait entre les mains du receveur, des domaines et des bois un droit d’amortissement. Il en était de même de al fabrique de l’Eglise au sujet des immeubles à elle légués par fondations religieuses. Ce droit a été de 363 F pour l’acquisition du bois du Chanois.

 

            Gerbage. Certaines terres étaient frappées d’une redevance appelée gerbage : on prélevait une gerbe sur quinze (1 sur 15).

            Il y avait aussi un impôt pareil à celui qui existe aujourd’hui sur chaque tête de bête attelée.

            Chaque année le cultivateur faisait à la mairie

 

 

les déclarations des bêtes d’attelage qu’il avait à son usage. A défaut de cette déclaration il était taxé comme l’année précédente.

            Récapitulant les redevances et impositions dues en 1788 par la communauté de Padoux pour le dîme, le cens, l’abonnement, la subvention, nous arrivons à un total approximatif de :

            1° Dîmes :                    2130 livres

            2° Cens :                     50 livres et 68 resaux d’avoine

            3° Subvention : 2597 livres

            4° Abonnement :          1294 livres

 

                        Total :  6075 livres

 

 

 

§ III – Justice – Parlement – Présidial – Bailliage dont dépendait la communauté en 1789 – Juridiction seigneuriale – Coutume – Prison.

 

            La communauté de Padoux relevait pour les affaires de justice du bailliage royal de Châtel et du Parlement de Nancy ; et pour les question d’art et métiers de la Maîtrise d’Epinal.

            Il est dit dans plusieurs pièces que le Roy est seigneur Haut Moyen et Bas justicier au lieu de Padoux ; et que la justice contentieuse, civile et criminelle s’y exerce par les officiers du bailliage de Châtel.

 

 

Mais ceux-ci ne jugeaient qu’en première instance et on pouvait en appeler de leur sentence soit auprès de l’Intendant de Lorraine, soit au Parlement de Nancy qui jugeait en dernière instance. C’est ce qui arriva plusieurs fois.

            Et assez souvent les sentences du bailliage furent réformées par le Parlement, par exemple dans l’affaire Pierron-Lecomte, au sujet du droit de relevage revendiqué par l’Hôpital de Plombières.

            La police se faisait par la Maréchaussée de Rambervillers et la prison se trouvait en même lieu.

            Pour les affaires de peu d’importance (par exemple dommages causés dans un champ sur un pré) la justice se faisait par le ministère du Maire qui nommait deux experts pour estimer les dégâts. Le délinquant payait la somme fixée par les experts ou s’acquittait en nature : foin, blé, etc …

            Dans les procès concernant la communauté, le Syndic était chargé de présenter et de défendre les droits de celle-ci. Il se rendait à Châtel ou à Epinal pour certaines affaires comme les procès intentés par les forestiers, les amendes imposées par ceux-ci et il y séjournait 2 jours ou 3 si cela était nécessaire, jusqu’à la conclusion du débat. Il recevait de ce chef une gratification ou plutôt un dédommagement.

 

 

§ IV – Instruction - Ecole – Nom de Maître, etc …

 

Avant l’année 1786, le Maître d’école était Rattaire Sébastien ; à partir de 1786, il fut remplacé par François Lagarde qui remplissait encore les fonctions d’instituteur en 1789. Rattaire n’était pas payé par la communauté, ou du moins il n’y avait pas de maison d’école avec logement pour l’instituteur : celui ci était en location et recevait chaque année à la Saint Martin, la somme de 24 livres pour indemnité de logement.

            La première maison d’école fut bâtie en 1784 et 1785. Les travaux furent adjugés le 8 juin 1784 à Antoine Balland pour la somme de 3881 livres sans préjudice des réserves portées au procès-verbal de réception. Claude Phulpin Syndic de la communauté pour l’année 1785 versa en ladite année un acompte de 2310 livres. Les 1570 livres qui restaient furent soldées l’année suivante.

            En 1786, un expert procéda à la réception selon les ordonnances royales et reçut du Syndic la somme de 18 livres.

            En 1788, la communauté décide d’acheter un fourneau pour l’école ; mais il fallait l’autorisation des commissaires du district d’Epinal, laquelle ne fit pas refusée.

            On trouve peu de renseignements touchant les revenus de l’école et ceux du Maître. Je vois qu’en l’année 1786, le « Régent d’école » reçoit 29 livres 10 sols.

 

 

 

Pour des gages que la communauté lui doit .

 

Les comptes de l’année 1788 portent la mention d’une somme de 31 livres de Lorraine qui fut allouée à Monsieur Lagarde « pour ses écritures de l’année, comme greffier de la communauté.

 

Niveau de l’instruction – en 1782 sur 129 habitants qui ont fait des déclarations de contenances de leurs propriétés 9 n’ont pas signé, la plupart ont fait eux-mêmes leur rédaction.

            En 1789 sur les 139 personnes qui ont souscrit pour l’offrande patriotique, 9 seulement ont fait la marque pour ne savoir pas écrire.

            Les comptes de la communauté sont rédigés chaque année par le Syndic en très belle écriture – Les registres de l’état civil contiennent dans une période de 10 années (1780 à 1790) 1400 signatures environ, sans compter celle du prêtre-vicaire et seulement 23 marques faites par des gens ne sachant pas écrire. Ce sont des femmes pour la plupart et spécialement la Matrone dont la marque revient plusieurs fois. Beaucoup de signatures sont de bonne écriture ; quelques unes sont moins belles mais lisibles ; une cinquante environ sont grossières.

 

 

Chapitre IV – Agriculture – Industrie – Commerce

 

§ 1 Agriculture – principales cultures en 1789 – rendement des récoltes – Fores et marchés, etc …

 

Cultures

 

Les habitants de Padoux cultivaient surtout en 1788 le blé, l’orge, l’avoine, les fèves, le lin et le chanvre. Aujourd’hui, la culture des fèves est à peu près abandonnée. Celle du chanvre et du lin est entièrement délaissée. Les cultivateurs prétendent que les chenevières autrefois si fertiles ne donnent plus qu’un rendement insignifiant. Le rendement des autres terres était quelque peu supérieur à ce qu’il est aujourd’hui. On récoltait en moyenne 4 hectolitres de blé dans les mêmes champs qui n’en rendent plus que 3, même dans les meilleures années.

            L’organisation de l’agriculture paraît avoir été en 1788, et auparavant assez satisfaisante. Chaque cultivateur faisait à la fin de l’année la déclaration de son état : charrue, demi-charrue, nombre de chevaux, de bœufs, etc…, jours de terre par saison etc….

            La communauté nommait deux experts qui fixaient après visite la date de la moisson et désignaient les finages à ensemencer, l’année suivante. Le Syndic nommait trois hommes pour partager les fruits champêtres : un pour la 1ère classe, un pour la 2ème classe,

 

 

Un pour la 3eme.

 

            La visite des chevaux se faisait de temps à autre par deux commissaires qui prêtaient serment entre les mains du Maire ; et les déclarations faites par eux constatent qu’il y a ou qu’il n’y a pas de chevaux atteints de la morve. Un terrain était désigné devant le bois du Grélé pour y enfouir les animaux morts.

 

Bétail – Le bétail se composait des chevaux, bœufs, taureaux, vaches, chèvres, moutons e tporcs. Pour la garde du bétail, il y avait 4 pâtres comme il été dit plus hait. Maintenant il n’y a plus qu’un seul pâtre et les cultivateurs n’occupent plus le bœuf pour tous leurs travaux de la campagne.

 

Journée de travail – valeur relative des monnaies

 

La journée de travail valait en moyenne 1 livres 16 sols. Cent livres au cours de France faisaient 129 livres 3 sols 4 deniers au cours de Lorrraine.

Valeur du pot de vin : 1 livre (un pot : 2 litres et demi).

Deux jours de terre par saison (120 ares) ont été vendus 26 louis et demi. Quatre omées de chenevières (8 ares) furent vendues 124 livres. Je vois qu’une maison fut vendue 36 louis d’or et une autre 96 louis. Mais quel était l’état de ces maisons .

            La valeur moyenne d’un bœuf était de 100 livres

 

 

Argent de Lorraine ; celle d’une vache 90 livres ; celle d’un cheval 50,60,70 livres. On trouve ces renseignements au registre des déclarations de bêtes mortes avec estimation des dites bêtes faite au greffe de Padoux par les habitants.

            Notons enfin que l’exploitation agricole était plus étendue qu’aujourd’hui. Plusieurs cultivateurs avaient deux charrues, de chacune 5 ou 6 chevaux. Plus de 20 cultivateurs avaient charrue complète avec 4 ou 5 bœufs ou chevaux. Il n’en est plus tout à fait de même actuellement.

 

§ II – Industrie et commerce.

 

Il ne paraît pas que les habitants de Padoux aient exercé quelque industrie en dehors de la taillanderie. Il y avait comme aujourd’hui des charrons, des menuisiers, des sabotiers, des maréchaux-ferrants et des hommes de métiers. On a vu plus haut que plusieurs étaient tisseurs et vivait du fruit de ce travail. Il est parlé dans une pièce des archives d’un taillandier qui exerçait son art dans une forge en planches donnant sur la rue moyennant une chopine d’huile annuelle pour l’église.

            Sur le territoire de la communauté se trouvait un moulin qui existe encore aujourd’hui, mais qui est

 

 

Transformé en taillanderie. Le dit moulin après avoir passé successivement à plusieurs propriétaires appartenait à un Sieur Conraux de Sercoeur qui payait au seigneur du haut-chef, une poule de cens pour l’issue d’eau de ce moulin.

 

Débitants – Des rapports spéciaux faits chaque année par les gardes des cabarets, il résulte que Padoux comptait alors trois auberges tenues par françois Lagaude, Jn Bte Colnot et la veuve Marguerite Perrin.

 

§ III – Voies de communication – Chemin.

 

Les chemins étaient moins nombreux qu’aujourd’hui et ceux qui existaient étaient assez mal entretenus. Il est vrai cependant que le maire et le syndic faisaient la visite tous les ans et rédigeaient un procès-verbal. Mais ces procès-verbaux disent tout simplement que les visiteurs ont trouvé les chemin à « l’ancienneté ». Le chemin vicinal de Rambervillers à Epinal par Vomécourt, Padoux, Sercoeur n’existait pas.

En général, les voies de communication n’étaient guère que les chemins ruraux servant à l’exploitation des champs et des forêts.

 

Ponts – en 1798 on construisit un petit pont sur le déchargeoir du moulin ; une chaussée faisait suite à ce pont et était entretenue par les habitants

 

Qui y faisaient une partie de leurs corvées.

 

Corvées – Il y avait comme partout, les corvées générales pour le service des ponts et chaussées ; les corvées particulières pour le bien de la communauté. Ajouter à cela, les corvées extraordinaires pour la conduite des équipages du roi, etc… Pour les corvées générales des ponts et chaussées la communaté relevait de la direction de Châtel : on sait qu’elles primaient toutes les autres car l’Intendant du roi se pliant dans une instruction détaillée (1769)de ce que  la communauté s’impose des corvées particulières qui ne lui permettent plus d’acquitter les corvées générales.

            Les corvées particulières consistaient surtout dans l’entretien de la chaussée du moulin et dans les transports de matériaux pour la construction de la communauté.

            Enfin, les habitant étaient désignés à tour de rôle pour conduire l’équipage des soldats et du roi, les canons, le salpêtre, etc … Quelquefois cette conduite était facile et de courte durée : les corvéables allaient jusqu’à Rambervillers ou jursqu’à Charmes seulement. D’autrefois, le trajet était beaucoup plus long jusqu’à Saint Dié ou Lunéville, etc…

 

Poste – La poste était faite comme partout, par

 

 

Les piétons du district. EN 1789, la communauté paye 6 livres 12 sols de France pour sa cote part des frais « de piéton du district ».

 

Fontaines – Leur bonne tenue était garantie par une administration spéciale, et telle était la rigueur des réglementations que le Sieur Nicolas Lecomte adjudicateur des fontaines n’ayant pu fournir selon les conventions, des auges de 18 pouces sur 36, fut obligé d’en référer à Monseigneur l’Intendant des Duchés de Lorraine et Barrois pour être autorisé à forunir ces auges de 16 pouces sur 32, tout en s’engageant à diminuer le prix du bois qu’il n’vait pas fourni. Et encore fallut-il l’avis favorable de la communauté.

 

§ IV - Assistance publique – Il n’y avait sur le territoire de la communauté ni hôpital, ni hospice, ni établissement de la charité. L’aumône publique était réglementée comme partout, par un écrit de S.A. Royale qui se trouve aux archives.

 

Chapitre V

 

Monuments existants sur le territoire de la communauté à la veille de la révolution

 

Eglise – La communauté possédait seulement une vieille église sans style, assez mal située à l’extrémité

 

 

De Padoux-haute et loin des autres quartiers du village. Elle a été détruite en 1890 sauf le chœur qui existe encore aujourd’hui et qui a été transformé en une chapelle qui reçoit de nombreuses visites.

            L’église nouvelle a été construite en 1847 sur un autre emplacement, mieux choisi : mais le cimetière a été maintenu à son ancienne place.

 

Maison commune – La maison commune bâtie en 1789 était mal construite et peu commode. Elle a été rasée en 1880 et remplacée par une autre mieux placée et beaucoup plus confortable.

 

Chapelle – Il a été parlé aussi plus haut d’une chapelle sous le vocable de Notre-Dame. Les archives ne renferment aucun document qui permette d’en faire son histoire. Elle a été transformée en maison d’habitation.

 

Conclusion

 

Tel était autant du moins qu’il a été possible de le reconstituer l’état de la communauté de Padoux en l’année 1788.

 


 

 

Monographie agricole

 

de la

 

Commune de Padoux

 

Vosges

 

Par Paul Démolis, Instituteur

 

Janvier 1900

 


 

Commune de Padoux

 

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Monographie agricole

 

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            La commune de Padoux qui fait partie du canton de Bruyères est située sur la ligne de partage du bassin de la Meurthe et du Bassin de la Moselle entre la montagne proprement dite et la Plaine ; c’est un pays de transition où réussissent à la fois les cultures de montagne et celles de la plaine lorraine. Toutefois, la vigne n’y pouvant prospérer.

            Son territoire a une superficie de 1720 hectares ainsi répartie : 897 hectares de terres cultivables et 823 hectares de forêts. Le sol est formé d’un mélange de calcaire et d’argile et contenant très peu de silice. Il constitue ce que l’on appelle dans le pays des terres blanches et des terres rousses ; ces dernières plus particulièrement favorables à la culture des céréales et surtout du blé. Les terres blanches sont d’une culture plus facile, mais la réussite du blé y dépend des conditions « climatériques » nombreuses dont l’influence est parfois désastreuse pour le cultivateur, ces terrains n’ayant qu’une consistance très relative. Le déchaussement des céréales y est fréquent et la récolte en est souvent compromise.

            La grande culture n’existe pas dans la commune : pas de ces grandes exploitations comme on rencontre dans la partie du

 

Département constitué par les arrondissements de Mirecourt et Neufchâteau et la partie Nord-Ouest de l’arrondissement d’Epinal, mais de petits domaines culturaux mis en valeur soit par leurs propriétaires, soit par des fermiers qui le plus souvent ont ) bail les terrains appartenant à plusieurs personnes. Les plus fortes exploitations sont de 12 hectares à chaque saison c’est à dire 96 hectares de champs et 10 hectares de pré ; encore ces exploitations sont-elles peu nombreuses quatre ou cinq au plus.

            Le territoire cultural est aujourd’hui entre les mains de trois cents propriétaires environ dont vingt sept sont étrangers à la commune. Le nombre de ces fermiers a considérablement diminué : à certaines époques le prix des propriétés ayant augmenté, plusieurs d’entre eux en ont profité pour vendre ce qui a eu pour résultat d’amener un plus grand morcellement du territoire. Les propriétés appartenant à des étrangers à la commune sont d’ailleurs peu nombreux : elles comprennent approximativement le douzième du territoire cultural.

            Il n’existe que très peu de cultivateurs ne possédant pas au moins une parcelle de terrain. Le plus grand nombre des propriétaires résidant dans la commune mettent eux mêmes leurs biens en valeur. Lorsqu’ils ne peuvent pas tout cultiver, ils en détachent un certain nombre de parcelles et trouve facilement un

 

 

 

Locataire pour peu que leurs terres soient en bon état d’entretien.

 

Biens communaux – Les biens communaux ont une superficie de 91 hectares. Ils sont loués en détail, mais à des prix extraordinaires de bon marché ; leur fertilité est au dessous de la moyenne ; les baux sont de 9 années ; d’après l’avant dernier bail l’hectare était encore loué 25 francs.

            Le prix de la location de l’hectare n’est plus que de 14 francs pour le bail en cours et qui va également pour une période de 9 années, de 1895 à 1904 ; et une bonne partie des parcelles n’a pas trouvé preneur même à des prix minimes.

            A part les ventes mentionnées plus haut, l’histoire foncière de la commune depuis 1789 n’offre rien de bien intéressant. Il n’y avait pas de seigneurs et par conséquent il n’y eut pas comme dans certaines régions de vente de ces biens nationaux qui ont permis au paysan d’arrondir à vil prix le souvent les lopins de terre qu’il pouvait déjà posséder.

            De 1847 à 1870 les prix de location et d’achat de terrain étaient très hauts ; de 69 à 70 frs en location et 2500 frs d’achat pour un hectare de terre de moyenne fertilité. Depuis 1870 on ne connaît plus ces prix qui paraissent aujourd’hui fabuleux. L’hectare de ces mêmes terrains ne se loue guère actuellement que 29 frs et ne dépasse pas 1600 frs comme prix de vente.

            Plusieurs causes ont d’ailleurs amené cet abaissement de la valeur locative et commerciale des terres :

            La guerre de 1870 et l’annexion à l’Allemagne

 

 

De l’Alsace Lorraine ont poussé les industriels de ces pays à émigrer et transporter leurs usines sur les rives de la Moselle et de la Meurthe, c’est à dire dans les régions peu éloignées.

            L’appât d’un gain plus élevé a déterminé par une sorte de mirage l’ouvrier agricole à déserter les campagnes et à s’embrigader dans l’armée aujourd’hui trop nombreuse et parfois si miséreuse, les ouvriers de fabrique. Cette émigration peu prononcée il est vrai ne continue pas moins à enlever de temps à autre quelques familles qui s’étaient jusqu’alors adonnées exclusivement à la culture du sol.

            D’autre part, fait peut-être unique et particulier à Padoux sous l’inspiration d’anciens militaires ayant fait campagne en Algérie. Des familles entières ont émigré pour cette région comme fascinées par l’annonce de concessions importantes de terrain. De 1870 à 1880 il y eut comme un exode ; la population de la commune s’est abaissée de 800 à 600 habitants et ces deux cents individus se sont presque tous embarqués pour la province d’Oran où un certain nombre d’entre eux sont encore établis et font assez bien leurs affaires.

Mais il faut ajouter car tout tableau à son ombre que plusieurs sont revenus au pays disant merveille de ce nouvel eldorado, mais n’y retournant pas cependant prouvant ainsi que partout la terre est une marâtre et que nulle part elle ne produit spontanément.

            La propriété dans la commune est très morcelée ; les parcelles de plus de un hectare

 

 

Sont extrêmement rares et sont citées si je puis ainsi m’exprimer comme des curiosités. La moyenne des contenances non d’après le plan cadastral, mais d’après l’état actuel des propriétés, ne dépasse pas 19 ares par parcelle.

            Jusque vers 1870, la cherté des terrains poussait au partage de chaque pièce dans les successions : chaque héritier désirait posséder une part de terrain de grande valeur et de plein rapport. Aujourd’hui et cela est fort heureux pour le cultivateur, la tendance de former de plus grandes propriétés s’accentue de plus en plus : on cherche à faciliter le travail des machines agricoles et à éviter une perte de temps résultant des allées et venues des ouvriers entre les diverses parcelles.

            Pour les mêmes raisons et à cause de la faiblesse des prix d’achat, grâce aussi à la loi de mutation réduisant les tarifs d’enregistrement pour faciliter la formation de grandes pièces avec des parcelles contigües appartenant au même propriétaire, un certain nombre de cultivateurs intelligents sont entrés dans la voie des échanges ; toutefois malgré l’avantage évident qui en pouvait résulter pour tous, d’aucuns propriétaires pour ne pas aliéner une parcelle depuis longtemps possédée par leurs familles reculent devant un échange qui leur serait cependant personnellement très profitable.

            On cherche beaucoup aussi, lorsqu’une vente a lieu à acheter des parcelles contigües à celles que l’on possède ; c’est d’ailleurs la raison du maintien du prix actuel des terrains.

 

 

            A part les possesseurs du sol étrangers à la commune, tous les propriétaires exploitent leurs biens. Presque tous prennent des aides à l’époque des grands travaux, de la fenaison et de la moisson.

            Il n’existe pas à Padoux de fermier proprement dit logeant dans une maison appartenant au propriétaire dont les terrains seraient tenus à bail ; le métayage et le cheptel sont également inconnus. Les baux sont très simples ; la location a lieu pour une période de 6, 9 et 12 ans, et payable parfois en nature d’après l’ancien usage. Le fermier rend pour 61 ares 32 de champs soit un jour à chaque saison et 10 à 12 ares de près. Un certain nombre d’hectolitres de blé et d’avoine suivant convention. L’unité admise est la paire, c’est à dire 120 litres de blé et 160 litres d’avoine. Il est bon de signaler cependant la tendance à remplacer la coutume des paires par une somme déterminée, stipulée dans le bail et payable habituellement à la Saint Martin, le 11 novembre, c’est à dire après la récolte.

            Les propriétaires sont d’ailleurs les premiers à chercher à remplacer, quand faire se peut, le paiement en nature par le paiement en argent. Lorsque la récolte est bonne et abondante, il ne reçoit pas davantage et les prix se trouvant parfois fort abaissé, il y a perte pour lui, si au contraire la récolte est médiocre et même passable, le fermier ne lui rend que de la marchandise

 

 

De médiocre qualité dont le premier ne peut se défaire qu’à un prix très inférieur. Dans tous les cas il y a perte pour lui.

           

            Il y a soixante ans il était permis à tout habitant qui construisait d’aller se fournir gratuitement des bois nécessaires à la construction dans les forêts communales ; et pourtant il faut l’avouer ; jusqu’à présent le cultivateur n’a pas pris grand souci d’améliorer les conditions hygiéniques de son habitation. En général ce sont des maisons  basses, humides puisqu’elles ne sont pas sur caves ; mal éclairées et mal aérées. et il faut que le travail des champs soit extrêmement bienfaisant pour permettre à celui qui s’y livre de combattre ainsi les funestes  effets d’un logement malsain et d’écarter les maladies épidémiques et autres qui pourraient en résulter ; nos cultivateurs sont en effet en général robustes, vigoureux et fortement charpentés.

 

            On ferait plutôt des frais pour le bon aménagement des écuries et des étables. Ayant enfin compris que la production du blé n’était plus suffisamment rémunératrice, le paysan s’est mis à faire plus d’élevage, à s’occuper plus spécialement des la santé de ses animaux, et il a cherché à les mettre dans de meilleures conditions hygiéniques. Il en est résulté une augmentation considérable des têtes de bétail et une amélioration très sensible au point de vue de la qualité. Ce fait a encore pour conséquence

 


 

La création de la prairie nouvelle, l’extension des prairies artificielles et par suite l’augmentation du fumier et l’amélioration des cultures.

 

            L’emplacement du fumier qu’on persiste à accumuler sous les fenêtres du logement du maître et devant les écuries ; les soins peu intelligents qu’on apporte à la fabrication des engrais de ferme ; le purin qui s’écoule dans les cassis seront encore longtemps une cause de perte  pour le cultivateur qui ne veut pas ou qui ne peut pas faute de ressources, établir son dépôt en un endroit plus éloigné sur une plate-forme avec fosse à purin et hangar léger.

 

            Il serait injuste cependant de ne pas reconnaître qu’en général la culture est en progrès. L’emploi des machines tend de plus en plus à se généraliser, sans parler des machines à battre, dont la première à eau fut installée en 1840, et de celles à manège installées dans presque toutes les exploitations. Il y avait à Padoux une moissonneuse dès 1888. Aujourd’hui, on en compte huit et plusieurs râcleuses et râteaux à cheval. Il est vrai de dire que dès 1869 l’usage s’établit de couper les céréales à la faux ce qui abrégea considérablement le travail et permet de se passer de l’aide des montagnards qui descendaient habituellement dans la plaine pour se louer pendant toute la moisson. Les bineuses et houes

 

 

à cheval sont également nombreuses, bien que le sol par sa consistance ne prête pas bien à la culture de la pomme de terre et des plantes sarclées.

            La première charrue à versoir en fonte et monture en fer, système Dombasle fut introduite à Padoux en 1899. On n’avait jusqu’alors que des charrues en bois. Le soc et le couteau seuls étaient en acier. A cette époque aussi, il n’était pas question de rouleaux ; ils ne paraissent qu’après 1870.

 

            La construction du matériel a également suivi dans les prix la progression croissante qui se constate depuis trente ans.

 

            En 1840 et 1850 même un maréchal ferrant demandait 4 francs par ans à l’abonnement pour la ferrure d’un cheval. De nos jours où l’on a tout intérêt à ménager les fers, cette même ferrure revient à 12 francs. Il en est de même pour tout le reste du matériel.

 

            Depuis plusieurs années la culture du chou, très rémunératrice à cause du voisinage des cités industrielles d’Epinal et de Thaon a pris un certain développement et tend de plus en plus à se généraliser.

            Il est vrai que tous ces produits de ferme, grains, bestiaux, légumes, beurre et œufs trouvent un débouché facile grâce aux voies de communication qui rayonnent dans toutes les directions. Il fut un temps où le pays en était bien dépourvu ainsi que le fera

 

 

voir le tableau ci-dessous de l’ancienne viabilité.

 

            Autrefois les communication avec Epinal d’une part et Rambervillers d’autre part étaient extrêmement difficiles ; il en était de même pour aller à Bruyères le chef lieu du canton.

            Pour se rendre à Rambervillers on était contraint de passer par Bult pour gagner la route nationale en face de Sainte Hélène.

            Voulait on aller à Epinal qu’il fallait gagner Girecourt, prendre la route nationale de Sarreguemines à Belfort, devenue après 1870 la route de Lunéville à Belfort.

            Vers 1830 encore, les routes conduisant à Bult et à Girecorut n’étaient que des mauvais chemins à vidange : quatre chevaux étaient nécessaires en toute saison pour traîner jusqu’à Bruyères la charge de blé qu’un cheval conduit facilement aujourd’hui. Un cheval avait peine à s’en tirer avec sa voiture à vide.

            En 1840, un marchand à vins d’Epinal s’est trouvé dans l’impossibilité d’avancer entre Girecourt et Padoux, et faisait transporter des tonneaux vides de cette dernière localité et soutirer entièrement le chargement.

            Il n’existait pas de chemin sur Sercoeur et sur Châtel : de simples sentiers à travers la forêt conduisait  aux villages environnant. En 1847 dans le courant de mars, entre Padoux et Badménil une voiture légère attelée de forts chevaux est restée au milieu d’une descente, la terre

 

 

s’était collée aux roues et tour mouvement était impossible ; il ne fallut pas moins le lendemain de quatre chevaux pour l’enlever du mauvais pas où elle se trouvait.

            Sur le chemin de Padoux à Moyemont , en 1864 un chasseur de Plombières invité à une battue dans la forêt communale, ne put se tirer d’une fondrière où il était tombé qu’en laissant le talon de ses bottes.

            Les coupes de bois aux produits magnifiques, se donnaient pour rien par suite de la difficulté à les transporter.

            On peut d’après ce tableau se faire une idée de ce que pouvait être les chemins ruraux quand il en existait.

 

            Tous ces faits qui peuvent paraître grossis à plaisir ne sont que l’exacte vérité ; ils m’ont été certifiés par un grand nombres de notables habitants qui en ont été les témoins, et particulièrement attestés par le maire actuel qui fut aussi dans plusieurs des faits relatés.

            Comment dans ces conditions désavantageuses, sans débouchées d’aucune sorte l’agriculture eut-elle pût prospérer ?

            Aujourd’hui les choses sont bien changées. De belles et bonnes routes mettent Padoux en relation avec les centres environnant, les négociants viennent commodément au village ; les opérations commerciales se multiplient pour le plus grand bien du consommateur et du producteur. Celui ci a été amené à produire davantage, à perfectionner ses méthodes culturales

 

 

Et son outillage : deux écremeuses du plus récent modèle fonctionnent dans le village ; la routine a reculé d’un pas formidable.

 

            Grâce aussi à l’initiative de cultivateurs intelligents entrés au Conseil municipal et qui ont compris qu’ils augmentaient la valeur de leurs propriétés en leur assurant un facile accès ; tous les chemins ruraux et ils sont nombreux sont empierrés et en parfait état de viabilité ; et tous les ans on consacre  à leur entretien ou à leur amélioration, des sommes relativement considérables, en même temps qu’on en créé de nouveaux.

 

            On s’est aussi rendu compte que le fumier de ferme était insuffisant pour redonner à la terre sa fertilité première. Aussi fait-on emploi dans une mesure encore trop restreinte, il est vrai, des divers engrais chimiques préconisés par les syndicats agricoles dont font partie la plupart des agriculteurs. Les scories de la phosphoration sont généralement employées pour le blé et les prairies. L’usage des nitrates et des engrais potassiques est bien moins répandu malgré les résultats obtenus  par les hardis novateurs qui les ont employés. Il serait injuste cependant de faire tomber cette abstention sur l’ignorance ou la routine des cultivateurs.

            La plupart d’entre eux sont en effet suffisamment instruits et ne se montrent rebelles à aucun progrès. Mais en général, c’est le manque de capitaux qui fait défaut et il n’est pas douteux que lorsque le

 

 

Fonctionnement de la banque et des Warrants agricoles sera familier à tous, le plus grand nombre n’ait recours à ces utiles institutions pour faire augmenter le rendement de leurs récoltes au moyen d’engrais chimiques qu’ils pourront alors acheter.

 

            C’est qu’en effet avec les terres de la commune il faudrait un capital de cent cinquante francs par hectare pour que l’exploitation soit réellement rémunératrice. Encore une fois ce n’est pas l’esprit d’initiative, mais bien les capitaux qui manquent à nos cultivateurs. D’un naturel tranquille, durs à la peine, on ne sait ce qu’on veut le plus admirer en eux, ou de leur endurance, ou de leur persévérance dans les rudes travaux des champs. Jamais rebutés, ils sont toujours prêts à reprendre leur tâche, alors même que des pertes ou des catastrophes capables d’en décourager de moins forts, viennent à fondre sur eux. On pourrait être amené à croire que l’insouciance est le fonds de leur caractère : neuf fois sur dix on se tromperait.

 

            Que de progrès aussi dans la manière de vivre et de se vêtir. En général, ils se nourrissent bien ,mangeant d’excellents pains, de la viande de porc et aussi surtout le soir des pommes de terre avec du laitage ; tous boivent du vin à l’époque des grands travaux de la fenaison et de la moisson. Il n’y a plus de comparaison sous ce rapport avec ce qui se passait il y a cinquante ans seulement

 

 

            Le vêtement est plus conforme aussi aux prescriptions hygiéniques ; d’ailleurs les communications faciles ont en quelque sorte rapproché les villes, et la mode tend de plus en plus à s’introduire dans nos modestes campagnes. Peut-être n’est ce pas un bien. Je laisse à un moraliste plus avisé le soin d’éclaircir cette question.

 

            Et puisque toute médaille à son revers, les cultivateurs et les ouvriers agricoles travaillent souvent en morte saison, pour la commune qui possède des revenus considérables, se sont habitués peu à peu à un certain bien être qu’ils ne connaissaient pas autrefois ; ils se sont vus beaucoup d’argent et ils ont été tentés le dépenser un peu trop facilement. Ils apprennent tous les jours à leurs dépens, sans pour cela s’en corriger, que le chemin de l’auberge n’est pas celui qui conduit à l’aisance, et méprisent quelque peu le bas de laine des ancêtres qui faisaient pourtant les  « bonnes maisons » ; ils ne sont pas assez soucieux de former une réserve pour les mauvaises années, les maladies et la vieillesse.

 

            Il y a quarante an encore, les familles étaient nombreuses, aussi les fermes se transmettaient-elles de père en fils ; mais depuis cette époque, les familles ayant moins d’enfants et les mauvaises récoltes trop souvent succédé, les fermes changèrent souvent de locataires, au grand dommage des propriétaires qui virent

 


 

Progressivement à chaque bail, diminuer le prix de location et la fertilité de leurs terres.

 

            Pour les aides culturaux, il y a lieu de distinguer les aides temporaires appelés aussi dans le pays, manœuvres agricole. Les premiers se louent pour un an, à Noël ; leur condition s’est considérablement améliorée. Sans parler de la nourriture qui est autrement abondante et substantielle qu’autrefois. Le salaire a plus que doublé.

            C’est ainsi qu’en 1850, un grand domestique c’est à dire un homme propre à tous les travaux coûtait 180 frs ; il fallut en 1870 donner 250 frs et aujourd’hui c’est 400 frs qu’il faut payer. Et encore tous les cultivateurs s’accordent-ils à reconnaître qu’il est bien plus difficile à se faire servir qu’alors, qu’on ne rencontre plus la même soumission, la même reconnaissance et surtout que la quantité de travail a considérablement diminué.

            Il existe, en cas de contestation entre patron et domestique, une sorte de règlement adopté dans tout le canton, et qui set à établir la somme due à l’ouvrier qui quitte son maître dans le courant de l’année. Ce tarif établit un coefficient pour chaque mois et tout différend, ayant pour cause le salaire est ainsi écarté.

 

            Les autres ou manœuvres agricoles sont employés à la journée. Mais ici

 

 

Encore, le tarif varie suivant la saison et la nature du travail ; il en a toujours été ainsi.

           

            Jusqu’en 1860, les manœuvres étaient payés partie en nature et partie en argent. L’unité était l’imal ou 16 litres de blé et deux francs d’argent pour moissonner 20 ares 44 ou un jour à la faucille bien entendu.

            De nos jours le cultivateur paye 6 francs pour faucher et lier la même superficie en blé et 2 francs pour faucher l’avoine, alors qu’à l’époque mentionnée ci-dessus, il n’en coûtait que 1 francs 50 pour couper cette dernière céréale à la faucille ; et un ouvrier quelque peu laborieux sans aide n’est pas en peine de mettre en bas à la faux ses trois jours d’avoine.

            Pour la fenaison chaque aide touchait  une somme de 10 francs pour toute la durée de la récolte ; en échange le cultivateur labourait les champs de son manœuvre à 4 francs le jour. La fauchaison des foins et regains coûte actuellement de 2 francs 50 à 9 francs par journée de travail et une nourriture substantielle et plus abondante qu’à tout autre époque.

            Il n’est plus maintenant question du battage au fléau ; les machines en accélérant cette besogne ont tué cette ressource pour l’hiver. Il est vrai qu’elle était peu payée.

            La journée du batteur en grange

 

 

S’élevait rarement à 0 franc 50 et elle durait 3 heures du matin à la nuit. Quant à la nourriture qu’il recevait, elle consistait uniquement en pommes de terre et en lait caillé. De vin, il ne pouvait en être question et pur cause, personne n’en usait.

 

            L’ouvrier actuel se dédommage aujourd’hui de la perte des journées produites par le battage en se consacrant à l’exploitation des forêts. Manœuvre agricole en toute autre saison, il se transforme le plus facilement du monde en bûcheron durant l’hiver. C’est, il est vrai une ressource spéciale à la commune très riche en belles forêts.

 

            Sa femme et ses filles trouvent également une ressource dans le travail des broderies que de nombreux entrepositaires apportent toutes les semaines. On pourrait peut-être regretter d’une part que ce travail détourne bien souvent les femmes et les filles des travaux des champs plus rudes, il est vrai, mais combien plus fortifiants et moralisateurs ; et d’autre part d’une bonne partie du gain qui en provient ne serve pas toujours à l’entretien du ménage, mais bien plutôt à des absorptions de café, vin et parfois eau-de-vie, au grand détriment de la santé, de celles qui s’y adonnent et de la moralité du mari qui ne trouvant pas

 

 

Un intérieur comme il l’eut désiré et un repas confortable à son retour du travail, se croit en quelque sorte obligé d’en chercher le remède dans les distractions malsaines du cabaret.

 

            Reconnaissons toutefois qu’il y a beaucoup d’honorables exceptions et que certaines familles de manœuvres agricoles savent fort bien épargner de quoi acheter un champ ou un coin de pré. Et certainement avec du travail, assuré comme il l’est ici, de la conduite et l’amour de l’épargne, le manœuvre a bien souvent plus facile que le cultivateur de mettre les deux bouts ensemble, suivant l’expression du crû.

 

            La généralité des manœuvres sont logés dans une maison qui est leur propriété.

 

            Les portions affouagères étant très bonnes à Padoux, il est arrivé fréquemment que les domestiques étrangers se sont mariés et fixés dans la commune. Ce fait me rappelle une anecdote qui m’a été rapportée maintes fois : Un maire de la commune se refusait systématiquement à marier les jeunes filles de Padoux à des étrangers si ces derniers n’avaient pas du bien pour la valeur de trois paires ; prétendant que les affouages valaient déjà cela.

 

            Le village se trouvant sur une grande route au carrefour de plusieurs chemins ; est sujet trop fréquemment à la visite des nomades alsaciens-lorrains ; durant

 

 

Leur séjour, les propriétés sont souvent mises à contributions par ces pirates de grands chemins, et leurs déprédations sont nombreuses.

 

            Ce sont à peu près les seuls pillards de nos contrées. Il serait à souhaiter que des règlements de police, plus rigoureux encore, viennent enrayer ce vagabondage d’un nouveau genre.